Depuis la création de ce blog voici près d’un an et demi, aucun de mes textes n’avaient provoqué autant de réactions que celles que j’ai pu recueillir après la publication de deux petits « posts » sur…la possible fermeture de la pharmacie des Olympiades !
Ce sujet, qui pourrait paraître mineur au regard d’autres problématiques plus générales, ne l’est pas pour les 17 salariés qui risquent de se retrouver au chômage à compter du 1er juin prochain.
On ne peut nier pourtant qu’il existe une part de « Clochemerle » dans cette histoire où des acteurs locaux vivent depuis plusieurs années maintenant une relation conflictuelle et passionnée. J’en veux pour preuve la violence des réactions qui m’ont été adressées.
« Je suis scandalisé que vous puissiez ainsi brocarder 5 pharmaciens sans connaître le dossier » m’écrit l’un. « Vos propos sont diffamatoires » me répond l’autre. Face donc à ce climat passionnel, il me faut revenir, calmement, sur mes précédents textes et expliquer clairement ma position de conseiller général sur cette question.
De quoi s’agit-il ? L’installation des pharmacies dans notre pays répond à des règles extrêmement précises. L’une d’entre elles édicte qu’une pharmacie peut être ouverte par tranche de 2.500 habitants. Ainsi, en 1999, le nouveau recensement de la population faisait apparaître le besoin de deux nouvelles pharmacies dans notre ville. La légitimité de l’ouverture de la pharmacie des Olympiades n’est donc pas remise en cause de ce point de vue. Mais une autre règle indique qu’une officine doit s’installer à proximité d’un foyer de population.
Ainsi, depuis plusieurs années, certains pharmaciens de Goussainville contestent non pas l’ouverture de la pharmacie des Olympiades mais son lieu d’implantation jugé trop éloigné du foyer de population le plus proche, soit le quartier des Demoiselles. Ces derniers expliquent que si cette pharmacie s’était installée au cœur des Demoiselles, le conflit juridique qui existe n’aurait jamais eu lieu.
De son côté, la pharmacienne des Olympiades conteste cette analyse relative à la localisation. S’en est suivi donc un conflit juridique actuellement en cours devant les tribunaux. Si un tribunal de 1ère instance a pour l’heure jugé en défaveur de la pharmacie des Olympiades, l’affaire est actuellement en appel devant la Cour d’Appel de Versailles. Mais la décision de 1ère instance n’étant pas suspensive, la pharmacie devrait normalement fermer ses portes le 1er juin prochain.
Qui a juridiquement tort ou raison dans cette affaire ? Ce n’est sûrement pas moi qui vais me substituer à la Justice. Ce que j’ai écrit et que je répète aujourd’hui, c’est que la fermeture ex-abrupto de la pharmacie des Olympiades entraînant de facto le licenciement de 17 salariés est la pire des solutions qui pouvaient advenir.
Sans que personne ne me demande rien, j’avais jugé, après la lecture d’un article retraçant cette affaire dans Le Parisien, utile d’aller rencontrer la pharmacienne des Olympiades. Je lui ai, ce jour-là, confirmé mon soutien. Non pas une fois de plus, mon soutien « juridique » mais bien mon soutien « politique ». Dans une ville comme Goussainville, pauvre en créations d’entreprises mais « riche » de chômeurs et notamment de jeunes chômeurs, la fermeture d’une entreprise, qui plus est prospère et appréciée des habitants, est une véritable aberration.
Suite à ce soutien, j’ai reçu deux mails de vives protestations provenant de deux autres pharmaciens de Goussainville qui m’accusaient d’avoir pris position sans entendre préalablement leurs points de vue. Ni une, ni deux, j’ai donc immédiatement pris rendez-vous avec M. Bensaïd, pharmacien aux Grandes Bornes. Il m’a expliqué sa version des faits. Bien différente évidemment de celle des Olympiades. Qui a tort, qui a raison juridiquement ? Je le répète : il ne m’appartient pas de juger de cela. Il se trouve en revanche que j’ai trouvé là un homme sympathique avec lequel j’ai discuté avec plaisir.
Ce dernier « post » a été pris par les salariés de Pharmespace comme un soutien qui « effaçait » le précédent. Je le répète donc : même si j’ai compris les arguments que me donnaient ces deux pharmaciens d’officine, je demeure opposé à la fermeture de la pharmacie des Olympiades, fermeture qui constitue un véritable gâchis social.
Je comprends les arguments des pharmaciens de Goussainville qui estiment avoir été floués par une implantation dont ils contestent la localisation. Mais aujourd’hui aucune de ces pharmacies n’est menacée de faillite alors que de l’autre côté, nous risquons d’assister au licenciement sec de 17 personnes dont de jeunes goussainvillois.
Dans cet imbroglio, mon calcul de conseiller général comme d’homme de gauche est vite fait : je refuse la mise sur le carreau, aujourd’hui, en pleine période de crise économique, de 17 salariés. La solution aujourd’hui consisterait à attendre le jugement en appel et à surseoir à statuer à la fermeture prononcée pour le 1er juin. C’est cette voie qui me paraît aujourd’hui la plus raisonnable.
Je terminerai toutefois sur un point. Si j’ai été l’objet de réactions vives, c’est parce que le conseiller général que je suis s’est intéressé à cette affaire. Je suis allé de mon propre chef à la rencontre d’au moins trois pharmaciens de la ville. J’irai cette semaine rencontrer la déléguée du personnel de la pharmacie des Olympiades.
Il est vrai que pour être « tranquille », j’aurais pu adopter la méthode du Maire de Goussainville, Antoine Casula. Ne prendre aucune position publique. Ne dialoguer avec personne. Ne rencontrer aucun des protagonistes. Et rester calfeutré dans mon bureau. Ce n’est pas le choix que j’ai fait. J’ai fait le choix de tenter de dialoguer publiquement avec les uns et les autres. Cette responsabilité, je l’assume et j’en suis fier.
Luc BROUSSY
Conseiller Général